lundi 15 décembre 2014

Le cœur et l’attachement


Se séparer de ce que l’on aime serre le cœur. Cette douleur, ce pincement ressenti, émane de la rupture du lien affectif. Siège de l’amour et de l’affection, le cœur est l’organe privilégié de l’attachement.

La relation entre le cœur et l’affectivité a été observée quatre siècles avant notre ère. En Grèce Antique, on croyait alors que le thymus, un organe glandulaire situé dans la région cardiaque, était le « siège des passions », des émotions et des sentiments humains, d’où la présence des termes thymiques en médecine, comme les troubles thymiques, c’est-à-dire de l’humeur, ou l’alexithymie (difficulté à exprimer verbalement les émotions).

Central au fonctionnement de l’organisme humain, le cœur est un organe moteur. Ses battements continus assurent la circulation du sang vers les artères et les vaisseaux sanguins, un flux vital pour toutes les cellules du corps, et son rythme est par ailleurs influencé par nos émotions et sentiments. Nos relations avec les autres affectent directement les mouvements du cœur.

Pour illustrer, l’ocytocine, une hormone jouant un rôle prépondérant dans l’établissement d’un lien affectif, induit un ralentissement des fréquences cardiaques. Sécrétée entre autres durant le coït et l’accouchement, cette hormone (ou neurohormone) apparaît également lors de gestes affectueux comme les câlins, l’étreinte des corps, et même dans la relation intime qui règne entre un chien et son maître.

L’amour, on le sait, fait battre les cœurs (parfois même à l’unisson). Cela est aussi vrai pour la joie, la peur, le désir, l’attirance sexuelle ou toute forme d’excitation physiologique stimulant l’organe battant, accélérant son rythme, voire provoquant des palpitations.

Siège de la bonté et de la générosité, comme dans les expressions avoir le cœur grand ou la main sur le cœur, le cœur est l’organe tout indiqué pour apprécier les joies de l’amour, de l’amitié et de l’attachement. Il est sensible aux plaisirs de tisser des liens avec les autres, ou encore de les renouer, ainsi qu’aux bonheurs qu’apportent support, entraide, tendresse et affection.

À l’inverse, les pertes et les séparations brisent le cœur. On a le cœur gros, lourd ou déchiré suite à une douloureuse séparation, amoureuse ou amicale. Cette douleur surgit de la rupture du lien affectif. S’ensuit un pénible et éprouvant processus de deuil, mêlant colère et tristesse à la douleur corporelle, qui a pour fonction le détachement.

Même le vide laissé derrière, cet espace vacant causé par la disparition de l’être cher ou de l’objet affectionné, arrache le cœur. Incontestablement, l’absence et le manque sont des phénomènes bien réels dans le langage du cœur. Pour cela, toute perte ou séparation imminente est précédée de l’angoisse de séparation.

En somme, outre les deux cerveaux, l’autre grande région du corps humain à laquelle il faut porter attention est celle du cœur. Car « le cœur a des raisons que la raison ignore ».


lundi 8 décembre 2014

Animal social et publicité


L’être humain est un animal social. Alors que plusieurs refusent toujours d’accepter cette réalité, la publicité, elle, a complètement intégré la notion… lorsque lucrative évidemment.

La publicité nous invite sans cesse à assumer notre « côté animal » (voir aussi Reprendre du poil de la bête) en se laissant aller à nos « instincts » afin de lâcher son fou, de s’amuser et d’avoir du plaisir (sexuel la plupart du temps). Du moins, à première vue.

Alors que plusieurs campagnes publicitaires jouent la carte du « naturel », comme c’est le cas de nombreux produits capillaires par exemple (1), d’autres exploitent plutôt le caractère social de l’animal que nous sommes. On le constate en particulier avec les compagnies de téléphone et des communications - nous représentant plus souvent qu’autrement en chien, le plus fidèle des clients…eh des compagnons, pardon -, mais aussi divers types de produits, commerces et entreprises comme les bars et les restaurants (2).

Mais en investissant sur le caractère fondamentalement animal de l’être humain, ces concepts publicitaires et les images utilisées cherchent principalement à semer en nous une seule et unique pulsion, celle de consommer sans penser.

En perdant les capacités de raisonnement, le contrôle, et parfois même la tête, clairement, il est beaucoup plus facile d’agir sous le coup de l’impulsion, d’être moins « raisonnable », et en fin de compte, de dépenser sans compter.

En nous invitant à se libérer des contraintes rationnelles où siègent les forces de l’ordre interne, la publicité nous incite d’abord et avant tout à céder à un seul élan « irrépressible et incontrôlable », celui de l’achat impulsif.

À bien y penser, c’est aussi payant « l’instinct animal ».

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(1) Certaines publicités cherchent plutôt à nous éloigner de la Nature comme c’est le cas par exemple avec les menstruations. Pour illustrer, la campagne publicitaire des tampons Playtex en 2009 s’intitulait « Déjouer Dame Nature » (en anglais « Outsmart Mother Nature ») suggérant aux femmes de contourner ce « cadeau mensuel de Dame Nature ». La campagne avait été retirée quelques semaines plus tard après avoir soulevé un tollé de critiques.

(2) Un restaurant carnivore situé à Montréal lançait durant la belle saison de 2014 un 5 à 7 intitulé « Meat Market » avec pour images publicitaires des hommes et des femmes portant un anneau au nez symbolisant la bête féroce et indocile qu’est le taureau. L’un des slogans se lisait ainsi : « Soyez indomptable. Réveillez l’animal en vous et abandonnez-vous à vos instincts ». Subtil comme tout.


lundi 1 décembre 2014

Martha Graham et les endorphines

La danseuse, chorégraphe et enseignante américaine Martha Graham (1894-1991), l’une des figures les plus importantes de la danse du 20ième siècle, a dit : « La réaction du corps est la même dans la douleur comme dans l’extase* ».

La grande dame de la danse disait vrai. Non seulement en raison du mouvement du corps, une contraction pelvienne - geste signature de Graham et du fameux « contraction and release » intrinsèque à sa technique -, mais aussi à cause des neurotransmetteurs produits par le corps, les endorphines.

Mais qu’est-ce que les endorphines?

Synonyme de « endomorphine », le terme « endorphine » signifie littéralement « morphine endogène » ou, en d’autres termes, « morphine naturelle du corps ».

Composés chimiques de la famille des opioïdes peptidiques, les endorphines possèdent des propriétés analgésiques qui procurent une sensation de bien-être, voire euphorique, pouvant conduire à un état d’extase ou de transe, soit un état de conscience altéré.

Libérée lors de la douleur, de l’orgasme ou d’une activité physique intense, cette substance naturelle expliquerait le « Runner’s High », l’état altéré des coureurs ressenti après un effort soutenu. D’autres neurotransmetteurs ou neuromédiateurs pourraient aussi être impliqués.

Secrétées par l’hypothalamus et l’hypophyse, les endorphines agissent sur les récepteurs opiacés, inhibant les messages de douleur. On les retrouve dans tout le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) et même dans le système digestif (système nerveux entérique).

Les endorphines ont été découvertes en 1974 par deux groupes de chercheurs indépendants.

Finalement, Martha Graham disait aussi que le « mouvement ne ment jamais ». C’est son père, le docteur George Graham, spécialiste des maladies nerveuses que l’on appelait à l’époque, avant l’émergence de la psychiatrie, un « aliéniste », qui lui a enseigné ses premières leçons sur le corps.

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*Traduction libre de : “The body’s response to great agony and ecstasy is the same”.


lundi 24 novembre 2014

Cerveau unique et malléable


Le cerveau est un organe absolument captivant. Dépassant à peine les trois livres, il vaut toutefois son pesant d’or.

Première caractéristique étonnante à propos du cerveau, sa morphologie individuelle. En effet, chaque personne possède une cervelle, ou encéphale, qui le distingue des autres. On pourrait comparer cette particularité du cerveau aux empreintes digitales, ou mieux encore, au visage humain. Tout en étant constitué des mêmes composants - deux yeux, un nez, une bouche, un front, un menton, alouette -, chaque visage est néanmoins unique - à l’exception des jumeaux identiques évidemment, issus du même embryon. De même, chaque cerveau est unique.

Anatomiquement parlant, et de manière générale, nous possédons tous les mêmes structures cérébrales. Seulement, leurs relations entre elles, et dans certains cas, même leur emplacement comme la localisation des centres du langage par exemple, diffèrent grandement. Et là, sur ce point, même les jumeaux identiques développent leurs propres connexions neuronales et variations topographiques, notre cerveau étant façonné aussi bien par nos expériences et apprentissages que notre bagage génétique.

Autre particularité impressionnante du cerveau, sa malléabilité. Connue sous le nom de neuroplasticité, cette caractéristique signifie que l’organe cérébral est capable de réorganiser ces réseaux neuronaux, de se transformer, formant ainsi de nouvelles connexions synaptiques.

Cette découverte, la plus importante des dernières décennies dans le domaine neurologique, a complètement révolutionné notre compréhension du cerveau et balayé par le fait même de nombreuses notions qui semblaient pourtant bien établies. Jusque-là, on croyait en effet que le développement du cerveau était fixe. Une fois son développement optimal atteint à l’âge adulte, les neurones entamaient un dépérissement inévitable, affectant, cela va sans dire, les fonctions cognitives.

Or, nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien. La neuroplasticité a été démontrée dans maintes études et la formation de nouvelles connexions entre les neurones est possible grâce à la stimulation du cerveau et de ces fonctions.

L’apprentissage de nouvelles aptitudes, connaissances et habiletés, comme apprendre une langue, jouer un instrument de musique ou danser de nouvelles danses, sont toutes des formes de stimulation neuronale ou « gymnastique cérébrale ».

lundi 17 novembre 2014

S’évanouir ou fuir sans courir


Si vous êtes un fan de la série américaine « The Big Bang Theory », vous connaissez alors Sheldon Cooper, ce « sympathique » personnage qui évoque Monsieur Spock (voir Reprendre du poil de la bête).

Extrêmement logique et obsessif, doté d’une mémoire absolue et d’un quotient intellectuel relevant du génie, Sheldon Cooper, similairement à Spock, évite tant bien que mal les émotions humaines, les grands sentiments et, autant que faire se peut, les démonstrations d’affection.

Il ne possède pas non plus l’étoffe d’un battant. Devant l’apparence d’une menace ou d’un stress intense, Sheldon perd systématiquement connaissance.

L’évanouissement, ou la perte de connaissance et de conscience, s’inscrit parmi les réactions automatiques de défense et de protection de l’organisme humain aux côtés du combat, de la fuite et du figement (1). La distinction entre celui-ci et les trois autres mécanismes repose essentiellement sur la branche du système nerveux impliqué. Alors que les réponses de combat, de fuite et de figement sont déclenchées par le système nerveux sympathique, l’évanouissement, pour sa part, relève de sa branche « antagoniste », le système nerveux parasympathique.

Tous deux régis par le système nerveux autonome, le « sympathique » sert foncièrement de système d’activation du corps. En libérant des catécholamines, ou hormones de stress, il conduit l’organisme à une mobilisation accrue de ses ressources, un état interne de haute alerte servant à déclencher une réponse immédiate.

Le « parasympathique », à l’inverse, induit un ralentissement du métabolisme, favorisant plutôt le relâchement de l’organisme. À son apogée, sa « désactivation » est telle que, physiologiquement parlant, tout s’éteint. La personne perd alors conscience, et avec elle, disparaît aussi la menace.

Symboliquement, s’évanouir est également une façon de fuir la réalité sans avoir à courir. Similairement à la mort, cette réponse automatique de défense inflige une déconnexion d’avec le monde externe et la réalité, un débranchement complet de l’organisme, tant du corps que de l’esprit. Chez certains animaux, comme l’opossum par exemple, feindre la mort constitue une stratégie de survie efficace servant à détourner l’attention du prédateur.

En somme, tomber dans les pommes ou tourner de l’œil entraîne la perte totale de connaissance, de conscience et de contrôle, ce qui, clairement, va à l’encontre même de Sheldon Cooper. Expert de l’Univers « entier » et de son fonctionnement, hautement vigilant et particulièrement doué pour contrôler son environnement, Sheldon subit ainsi les forces du corps et de la Nature.

Comme quoi, face au danger, réel ou présumé, nos réactions peuvent sembler contre-nature. Une fois passé toutefois, le naturel revient toujours au galop. 

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(1) Il est important de distinguer l’évanouissement comme mode de défense, c’est-à-dire en réaction à un danger ou stress intense, du malaise résultant d’une maladie ou d’un déséquilibre physiologique comme l’hyperventilation ou l’hyperthermie par exemples. Alors que la conséquence physique s'apparente, la cause, elle, diffère grandement.

lundi 10 novembre 2014

Tourner le dos


On ignore généralement ce qui se passe dans notre dos. Littéralement et symboliquement. Utilisant principalement la moitié frontale de notre corps, on est beaucoup plus conscient de l’avant-corps.

Visible, accessible et surtout « présentable », le devant du corps nous mène vers l’avant (ou par le bout du nez). Essentiel pour regarder, s’orienter et se déplacer - du moins pour les voyants, les non-voyants faisant appel à des repères et stimuli autres que ceux de la vision -, la partie antérieure de notre corps sert à affronter la journée, aller à la rencontre de l’autre, faire face aux événements, tragédies et aléas de la vie.

D’ailleurs, on préfère de loin avancer, procurant une sensation sécurisante de progression et d’évolution, que reculer.

« Revers du corps humain* », le dos, lui, sert principalement à s’adosser ou à s’allonger. Droit, voûté, carré ou cambré, il est utile pour porter un poids, celui de l’épicerie ou du monde entier, ou encore le fardeau de la vie en général, d’où l’expression « en avoir plein le dos ».

Le derrière du corps sert également à supporter sans se plaindre (« avoir bon dos »), à protéger l’autre (« I’ve got your back Jack »), à se faire des ennemis (« se mettre à dos »), à accuser (« mettre sur le dos de »), ou encore à établir un lien de confiance (en se laissant tomber vers l’arrière pour être attrapé par quelqu’un par exemple).

Mais étonnamment, le dos sert aussi à changer de direction. Tourner le dos à quelqu’un ou à une situation, c’est l’ignorer complètement. Que se soit par mépris, déni, nécessité ou sagesse, faire demi-tour permet de détourner le regard, contempler de nouveaux horizons et envisager de nouvelles possibilités.

Fait consciemment et volontairement, tourner le dos c’est quitter. Et finalement être en bonne posture pour mieux aller de l’avant.


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*définition du dictionnaire

lundi 3 novembre 2014

Accro à l’adrénaline


L’énergie est à la mode. Être vert et énergétiquement économique, c’est le discours réservé à l’environnement. En ce qui a trait au corps en revanche, l’être humain est plus que jamais appelé à se dépasser, à se dépenser, à brûler son énergie, potentiellement jusqu’à l’épuisement.

Époque du multifonctionnel et du multitâche, pour tenir le rythme et demeurer dynamique, performant, productif et compétitif (ouf), forcément, il faut avoir de l’énergie. À ce propos, notons que les boissons énergisantes pullulent sur le marché, contenant des doses excessives de caféine et d’ingrédients stimulants.

Mais similairement au sucre et à la caféine, il est également possible de carburer à l’adrénaline et développer une dépendance au « rush » (1) et à l’état que celui-ci procure.

Hormone (ou neurohormone) bien connue, l’adrénaline est une substance sécrétée par le corps en réponse à une menace apparente ou stress intense. Régi par le système nerveux sympathique, le « système d’alarme interne » déclenche les réactions automatiques de défense et de protection comme celles du combat et de la fuite. Par le fait même, une réserve énergétique est alors libérée, acheminée vers les muscles notamment, munissant ainsi l’individu de toute l’énergie nécessaire pour faire face à la demande et réagir promptement.

Du coup, en raison de la forte et subite mobilisation physiologique ressentie, l’adrénaline, aussi appelée épinéphrine, induit un sentiment de force et de puissance intérieure. Soulevée par ce brusque regain d’énergie, la personne est alors habitée d’une sensation de « capacités augmentées », une impression de pouvoir relever tous les défis.

Il est donc facile à la longue de prendre goût, et même un certain plaisir, à cet état interne de haute alerte, d’autant plus qu’il s’agit d’une substance « propre », naturelle et ô combien accessible.

Toujours pressé, constamment « dans le jus » et la hâte excessive, l'état de corps devient une puissante force motrice et, tel un réflexe pavlovien, une réaction psycho-corporelle addictive peut alors se développer.

Or, sous l’apparence d’une « haute performance » se produit toutefois un phénomène spatio-temporel qui mérite d’être souligné.

En effet, l’état d’empressement ou d’urgence se traduit essentiellement par une attitude intérieure de précipitation, définie par Laban comme un « combat exagéré contre le temps » (2). Entremêlé à un effort musculaire « soudain », l’état de précipitation s’accompagne d’une « sensation motrice de brève période de temps, une impression d’éphémère » (2). Autrement dit, le temps revêt un caractère fugitif.

Contrairement à l’état de choc qui confère une impression d’arrêt du temps durant lequel l’événement semble se dérouler en « images arrêtées » (voir Choc et état second), l’état de précipitation, à l’inverse, en plus de réduire la vision périphérique, procure une sensation de brièveté du temps. De là émerge ce sentiment que le temps s’enfuit, qu’il nous échappe constamment, et puis finalement, qu’il nous faut courir après le temps.

Or, il se trouve que ralentir le pas accroît l’espace-temps.


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(1) Le mot « rush » désigne à la fois un « effort ultime à l’approche d’un but » et la libération soudaine de cette hormone de stress, communément appelé « rush d’adrénaline ».

(2) Laban, R. (1994). La maîtrise du mouvement (4è éd.). France: Actes sud.


lundi 27 octobre 2014

Les rythmes du corps


Tout est mouvement. De l’atome vibrant jusqu’au cosmos en perpétuelle expansion, en passant par toutes les cellules qui composent notre corps, tout est en mouvement constant. Ce mouvement est celui de la vie.

Animant tout organisme animal et végétal, ce flux vital est par ailleurs rythmé. Prenant la forme de pulsations, de battements, de fréquences, de cycles ou de cadrans biologiques, les rythmes du corps ponctuent notre vie. Telle une symphonie organique, le corps orchestre majestueusement d’innombrables mouvements internes et leurs variations.

Battant la mesure, le cœur donne la cadence. Ses pulsations continues propulsent le sang vers l’avant, assurant ainsi sa circulation. Le flot sanguin possède lui aussi une fière allure et c’est sous forme de pression artérielle qu’on la mesure. En retournant vers le cœur, son affluence donne le pouls de la situation. Signes vitaux clairs et accessibles, les fréquences cardiaque et artérielle sont les principaux rythmes du corps confirmant la présence du courant vital.

Le va-et-vient des poumons, ce mouvement incessant de contraction et d’expansion, assure quant à lui le passage de l’air et son expulsion. Gaz précieux pour toutes les cellules du corps, l’oxygène alimente la combustion énergétique nécessaire à l’absorption des nutriments.

En plus de ces rythmes fondamentaux et des mouvements apparents du corps, on retrouve évidemment d’innombrables mouvements internes comme ceux des organes (les intestins, par exemple, possèdent leurs propres mouvements de contraction appelés péristaltismes), des cellules en déplacement, des cycles du corps (menstruel ou du sommeil par exemples) ainsi que les rythmes circadiens. Influencées par les variations de lumière et les saisons, ces horloges biologiques assurent la libération régulière des hormones qui participent activement au métabolisme de l’organisme.

D’autres fluides et substances du corps comme la lymphe, les neurotransmetteurs, les peptides et autres ligands, sont eux aussi en mouvement constant dans le corps. En plus d’influencer le filtre perceptuel et l’humeur, ces chaînes de molécules jouent un rôle déterminant au maintien de l’équilibre interne et de la santé (voir aussi Émotion, mouvement interne du corps).

Enfin, même la croissance capillaire suit un rythme périodique et notre ADN est par ailleurs muni d’une horloge moléculaire qui révise son bagage génétique et en modifie le contenu à un rythme régulier. C’est dire à quel point le rythme est inscrit en nous, intrinsèque à la Nature, au mouvement de la vie.


lundi 20 octobre 2014

Reprendre du poil de la bête


La découverte de Darwin sur les origines primitives de l’être humain avait complètement secoué le monde au 19ième siècle. Aujourd’hui toutefois, on entend couramment parler du « côté animal » de l’être humain, comme si, à l’instar de Spock (1), cohabitaient en nous deux moitiés, l’une humaine, l’autre animale, et donc forcément une « bonne » et une « mauvaise » (2).

En opposant inlassablement la raison à l’instinct, la pensée aux émotions, la tête au « reste du corps », les « hautes » fonctions cognitives aux « bas » instincts corporels, et donc inévitablement, le néocortex aux soubassements cérébraux, un discours dualiste suggère un duel intérieur. Il nous renvoie l’image d’un affrontement constant entre des forces intérieures opposées, un combat perpétuel entre un être rationnel et civilisé versus une bête sauvage et féroce.

Or, puisqu’il s’agit d’une évolution – et nous reviendrons sur le point de vue neurologique à cet égard ultérieurement –, il n’existe pas de dualité comme telle, de côtés « humain » et « animal » à proprement parler. Il faut plutôt parler d’influences.

Similairement à la plante dont les racines sont essentielles à son développement et à sa floraison, les facultés cognitives et hautement développées de l’organisme humain trouvent leurs assises dans une solide fondation où s’imbriquent les instincts, les pulsions basiques et les émotions. La raison repose ainsi sur des forces primitives, et les comportements civilisés qui en découlent prennent eux aussi racine dans ces puissants élans pulsionnels et autres mouvements internes du corps.

Ce sont ces mêmes forces originelles qui ont conduit nos ancêtres à modifier leur posture et qui nous ont guidés jusqu’ici. Ensemble, ou mieux encore à l’unisson, la raison et l’instinct prennent toujours les meilleures décisions.

Par ailleurs, marcher la tête haute donne du chien. L’un n’empêche pas l’autre.

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(1) Personnage culte de la série américaine et films « Star Trek », Spock ou Monsieur Spock est mi-humain (côté maternel) et mi-Vulcain (côté paternel). Se réfugiant dans le caractère rationnel des Vulcains, il domine les émotions humaines par le refoulement, la pensée logique et rationnelle, un processus cognitif appelé kolinahr. Incarnant le contrôle et la maîtrise de soi, le célèbre personnage apparaît habituellement vêtu d’un chandail bleu clair suggérant un tempérament froid, un être contenu, indifférent, voire insensible, comme dans les expressions « rester de glace », « garder son sang-froid » ou la « tête froide ».

(2) Étant ce qu’ils sont, les systèmes binaires (bon-mauvais, féminin-masculin, gauche-droite, etc.) obligent à faire un choix, voire à camper une position, alors qu’il existe bien souvent un continuum de zones grises entre deux extrêmes, des états intermédiaires entre deux positions, comme on le constate avec l’identité sexuelle par exemple.

lundi 13 octobre 2014

Le 6ième sens, une question de perception


Les cinq sens tels qu’on les connaît - la vision, l’ouïe, le goût, l’odorat et le toucher - servent à percevoir de l’information en provenance de notre environnement. Grâce à leurs organes respectifs, ils captent des signaux, ou stimuli, qui sont ensuite conduits sous forme d’influx nerveux via un nerf jusqu’au cortex ou une région bien spécifique du cerveau.

Dans ce contexte alors, qu’est-ce que le 6ième sens? Pour les uns, il s’agit d’un don, pour les autres, c’est le mouvement.

Comme son nom l’indique, la perception extra-sensorielle implique une captation d’information qui dépasse les cinq sens habituels. Elle fait référence à une habileté ou faculté à saisir un stimulus provenant de l’extérieur sans faire appel au traitement sensoriel conventionnel. Qu’on l’appelle clairvoyance, prémonition, précognition, pressentiment ou intuition, il s’agirait d’une aptitude innée qui sommeille en nous tous qui croît avec l’usage.

Pour d’autres toutefois, le mouvement et la proprioception constituent le 6ième sens. Du latin proprius signifiant « personnel », la proprioception désigne cette profonde sensibilité que nous avons de nous-mêmes par la conscience du corps et sa relation dans l’espace.

Par sa capacité à se tenir en équilibre, à se mouvoir et à se déplacer, le corps véhicule sans cesse des informations en lien avec l’environnement et l’espace-temps. C’est grâce aux muscles, aux os et aux articulations notamment que ces données parviennent jusqu’au système nerveux central.

Le simple fait de porter une tasse de thé à sa bouche, par exemple, comporte une myriade d’informations concernant le poids de la tasse, sa température, son orientation, son déplacement dans l’espace, l’emplacement de la bouche en relation avec le bras en mouvement, etc. Comme c’est le cas avec les autres sens, plusieurs de ces informations sont traitées sans aucun effort conscient de notre part.

Qu’ils s’agissent d’intuition ou de proprioception, dans les deux cas, le 6ième sens implique une perception par le ressenti. Étant un précieux et sensible instrument nous aidant à faire sens de notre environnement, notre corps est le porteur du 6ième sens.


lundi 6 octobre 2014

Effort et habitude


Tout début est exigeant. Commencer un nouvel emploi, un nouvel entraînement, apprendre une langue ou une nouvelle danse, s’initier au piano, au tennis ou au taekwondo, bref, acquérir une nouvelle habitude demande du temps et de l’énergie. Elle requiert un effort supplémentaire de notre part, car tout nouveau départ soulève un mouvement d’opposition.

L’effort se définit par le « fait de mobiliser et de mettre en œuvre toutes ses forces et ressources en vue de vaincre une résistance, d’atteindre un objectif » (1). Intrinsèque à l’adoption ou à la modification d’un comportement surgit inévitablement une résistance. C’est ce qu’on appelle la résistance au changement.

C’est là non seulement une notion freudienne, mais une loi fondamentale de la physique. La troisième loi de Newton en Mécanique classique portant sur le mouvement des corps, le principe des actions réciproques, stipule en effet que « tout corps A exerçant une force sur un corps B subit une force d'intensité égale, de même direction mais de sens opposé, exercée par le corps B » (2). En d’autres termes, pour toute action existe une réaction égale et opposée.

Créer une nouvelle habitude exige donc un effort physique et mental, requiert une discipline du corps et de l’esprit. Avant de passer à l’action, il faut d’abord faire des choix. C’est l’esprit, ou le mental, qui s’affaire à prendre les décisions quant à la nouvelle activité ou la modification d’un comportement en plus d’élaborer des stratégies d’exécution. Une fois établies, c’est le corps qui les met en œuvre et en pratique, concrétisant le plan d’action.

Comme « une fois n’est pas coutume », forger une habitude demande nécessairement plusieurs applications. Maîtriser un art ou une langue, entre autres, exige des heures de répétition. 

Or, initialement, reproduire le même comportement sans succès apparent soulève généralement de la frustration et du découragement. Cela peut éveiller un sentiment d’échec ou d’incapacité, faire ressurgir les insécurités les plus profondes. C’est habituellement durant cette période d’apprentissage et d’adaptation que les abandons ont lieu.

Toutefois, avec une bonne dose de motivation, à force de volonté, de détermination et surtout de répétition - « c'est en forgeant qu'on devient forgeron » -, on développe une accoutumance. Ancrée dans le corps et dans l’esprit, l’habitude s’installe dans la routine. Automatique et familière par définition, elle fait partie du train-train quotidien, ne requiert pratiquement plus aucun effort de notre part.

La perdre maintenant en exige tout autant. 

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(1) définition du dictionnaire
(2) Newton, I. (1995). De la gravitation; suivi de Du mouvement des corps. Paris: Gallimard.

lundi 22 septembre 2014

Larmes et gamme d’émotions

On attribue d’emblée les larmes à la tristesse. Pourtant, on pleure pour toutes sortes de raisons, d’émotions ou d’états de corps, les larmes occupant multiples fonctions.

D’abord, tous les mammifères sécrètent des larmes, le liquide lacrymal servant à nettoyer et à protéger l’organe de l’œil contre l’invasion de matières impures ou de substances irritantes (voir aussi L'oeil scientifique). Alors que certaines larmes sont réflexives, comme celles qui montent automatiquement lorsqu’on coupe un oignon par exemple, d’autres voient le jour pour fins d’expression.

Chez les humains, le nourrisson ne dispose que des pleurs pour signaler sa détresse, un besoin inassouvi ou son insatisfaction. Il s’agit donc de notre première forme de communication.

Pleurer sert également à exprimer des émotions, la tristesse certes, mais aussi une gamme complète de sentiments et d’états de corps. On peut pleurer de joie, rire aux larmes, fondre en larmes par dépit, fatigue ou découragement, tout comme on peut verser des larmes de douleur, de peur et même de colère.

En effet, plusieurs personnes, en particulier chez les femmes, pleurent lorsque la colère monte. Cette réalité étant méconnue, on interprète à tort leurs larmes pour de la tristesse ou de la déprime. Non seulement les femmes pleurent deux à trois fois plus souvent que les hommes, selon la saison, mais elles le font aussi pour des motifs beaucoup plus variés comme sous l’effet de la peur ou d’un stress intense.

Car pleurer sert également à évacuer une forte tension interne, un trop-plein intérieur ressenti. En libérant des hormones de stress, les larmes favorisent le relâchement et la détente.

Alors que certaines larmes sont cathartiques, comme celles que l’on verse au cinéma durant une scène poignante par exemple, d’autres sont empathiques, provoquées par le simple fait d’être touché par l’autre, ému par la situation (voir aussi Ravaler ses larmes).

Les larmes naissent et disparaissent au gré du temps, des événements et des saisons. Indéniablement, elles sont une manifestation de ces variations intérieures, de ces mouvements internes du corps que sont les émotions.



lundi 15 septembre 2014

Être dans sa bulle (2ième partie)


Nous possédons deux bulles, l’une physique, l’autre mentale. La première est la kinésphère. C’est l’espace accessible au corps et ses membres, autrement dit, l’espace personnel (voir Être dans sa bulle, 1ère partie). L’autre bulle, elle, est psychologique. Elle désigne tout simplement la sphère mentale de la concentration.


La bulle mentale – attention et concentration

À l’exception de l’abus psychologique, - où encore une fois, comme c’est le cas dans la dimension physique, l’agresseur s’immisce dans l’espace personnel de sa victime, « entre dans sa tête » pour mieux manipuler ses pensées et influencer ses actions -, c’est habituellement nous qui laissons entrer les autres dans notre sphère mentale. Cela a pour effet de distraire, de préoccuper, de détourner l’attention, bref, d’avoir l’esprit ailleurs.

Véritable cocon psychologique, la bulle mentale est le siège de la concentration. En anglais, on l’appelle également « the zone ». « To be in the zone » veut dire être concentré. Plusieurs athlètes, par exemple, disent écouter de la musique avant une compétition « to get in the zone », atteindre une concentration optimale.

Cette zone, cette sphère psychologique, est l’espace mental où toute l’attention est portée sur un seul et même objectif, mobilisant ainsi les ressources de l’organisme. Occupant pleinement l’espace-temps, l'instant même, cette présence de corps et d’esprit permet de canaliser toute son énergie physique et mentale à l’accomplissement d’une tâche ou d’une réalisation. À son apogée, cet état de pleine concentration peut engendrer une expérience optimale, ou flux*, durant laquelle l’absorption est complète.

Pour y parvenir, l’élimination des distractions ambiantes est souhaitable. Réduire la stimulation sensorielle favorise en effet l’émergence d’un espace mental propice à la concentration. D’une certaine façon, nous appliquons déjà ce principe selon les lieux et les circonstances comme écouter sa musique préférée dans un endroit public, fermer les yeux dans l’autobus ou le métro pour relaxer, ou encore utiliser des bouchons pour les oreilles afin de lire ou de travailler dans un espace bruyant. En fait, tous les moyens sont bons pour diminuer, voire anéantir, les sources externes de stimuli, les sens de l’ouïe et de la vision étant les principaux concernés.

Outre la concentration, la bulle mentale sert également de lieu de vie privilégié, un espace intime et sécurisant où il fait bon se réfugier pour être en paix, réfléchir, méditer, créer, visualiser ses rêves ou le monde idéal, ou encore nourrir son imaginaire.

Seulement, il faut porter attention au contenu de cette sphère psychologique car c’est aussi dans cet espace clos que naissent et s’entretiennent les ruminations de toutes sortes, les pensées obsessives et les boucles mentales anxiogènes pouvant conduire aux crises d’angoisse et aux attaques de panique.

Néfastes et épuisants, ces états de haute tension interne dispersent l’attention et l’énergie dans tous les sens, parvenant à coup sûr à faire éclater sa bulle. 


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*De l’anglais Flow, du psychologue Mihaly Csikszentmihalyi.


lundi 8 septembre 2014

Être dans sa bulle (1ère partie)


Nous possédons deux bulles, l’une physique, l’autre mentale. La première est la kinésphère. C’est l’espace accessible au corps et ses membres, autrement dit, l’espace personnel. L’autre bulle, elle, est psychologique. Elle désigne tout simplement la sphère mentale de la concentration.


La bulle physique - espace et agressivité

Lorsque quelqu’un est trop près de nous, on dit qu’il entre « dans notre bulle ». C’est dans notre espace personnel qu’il s’immisce. Contrairement aux rapprochements désirés, conviant à l’intimité des corps et des âmes, l’intrusion de l’espace personnel, elle, est vécue comme un envahissement, voire une agression. Source potentielle d’affrontement et de violence, espace et agressivité sont intimement liés. La survie en dépend.

Chez les primates en général, délimiter l’espace de chacun est fondamental. Instinctivement, le territoire occupé par un membre en dit long sur sa place dans le clan, c’est-à-dire son rang, son statut social, ses ressources, et ultimement sa force et ses habiletés physiques. Réels ou potentiels, les affrontements sont étroitement liés à l’empiètement du territoire. C’est l’instinct de survie qui entre en lice. 

La riposte elle-même implique une expansion de l’espace comme le gonflement de la posture par exemple. Amplifier l’espace personnel crée l’apparence d’une menace plus forte, plus imposante. Cela signale sa capacité à se défendre et surtout sa volonté à mener une chaude lutte. À lui seul, ce réflexe somatique de défense et de protection suffit bien souvent à effrayer son adversaire, permettant ainsi d’éviter un combat, une conduite risquée et énergivore pour toutes les espèces.

En tauromachie, où le toreador s’oppose à la bête, c’est dans et par l’espace que le courage et la force de chacun se mesurent. Le territoire du taureau étant clairement établi, les repères spatio-temporels sont cruciaux. Un faux-pas vers l’arrière indique la peur, la faiblesse, l’impuissance, alors qu’un seul centimètre entre la corne et l’artère, lui, peut s’avérer fatal. Dans ce sanglant pas de deux, l’espace est littéralement une question de vie ou de mort, celle-ci attendant généralement le perdant (voir aussi Le poing victorieux vs coléreux).

En fait, toute forme d’affrontement, d’agression et même d’abus passent nécessairement par l’envahissement de l’espace, soit par surpopulation, soit par désir de conquérir le territoire de l’autre. La guerre a toujours été une question d’occupation du territoire de l’ennemi, et ultimement, l’acquisition de ses biens, de ses ressources et de son pouvoir.

L’intimidation repose elle aussi sur ce principe puisqu'il s’agit d’un acte délibéré d’intrusion. L’intimidateur s’immisce toujours dans l’espace personnel de sa victime en s’approchant d’elle, en entrant « dans sa bulle » afin de semer la peur et la crainte. Et maintenant que l’espace personnel se projette également dans le virtuel, il est désormais possible d’« entrer en contact », d’« atteindre » l’espace intime de l’autre par la voie du cyberespace.

Sphère personnelle, territoire, intimité ou agressivité, tout peut se jouer en l’espace d’un instant.


lundi 1 septembre 2014

Les phéromones ou la chimie des peaux


Une promenade avec notre chien peut parfois s’avérer embarrassante. Chez la gent canine, toute rencontre avec un autre membre de son espèce implique nécessairement des reniflements mutuels des « extrémités ». Or, en se humant à cœur joie et sans aucune réserve, nos fidèles compagnons procèdent essentiellement à un échange d’informations.

Les phéromones sont des substances chimiques qui agissent comme « messagers » à l’intérieur d’une même espèce. Elles sont comparables aux hormones, issues du même système endocrinien ou neuroendocrinien. Alors que les hormones circulent à l’intérieur du corps, sécrétées par des glandes dites endocrines, les phéromones, elles, se trouvent à l’extérieur du corps, émanant de glandes exocrines. On les retrouve entre autres dans la salive, l’urine, les fèces, les sécrétions vaginales, ou encore à la surface de la peau en raison des glandes sudoripares.

Chez les animaux, les phéromones servent une fonction biologique essentielle à la reproduction. Doté d’une glande voméro-nasale responsable de leur traitement, c’est grâce aux odeurs que l’animal choisit le partenaire sexuel le plus favorable.

Chez les crocodiles, par exemple, durant la période de rut, les femelles libèrent des phéromones dans l’eau pour indiquer au mâle alpha, chef de la hiérarchie, qu’elles sont prêtes pour la copulation. Après que celui-ci ait complété un rituel faisant la démonstration de son pouvoir, la femelle décide alors si la copulation aura lieu ou non (à ce sujet, voir aussi Parades nuptiales; à venir).

Il en est de même chez les cervidés où un « échange » d’urine entre le mâle et la femelle a lieu sur le territoire avant l’accouplement. Muni d’un réflexe voméro-nasal appelé flehmen*, le mâle flaire les phéromones contenues dans l’urine de la femelle en gonflant les lèvres tout en soulevant légèrement la tête.

Chez les humains, en revanche, cet appareil voméro-nasal aurait disparu depuis belle lurette, atrophié par l’évolution du cerveau. Sujet à controverse, le rôle des phéromones chez les humains reste à être démontré. Selon plusieurs scientifiques néanmoins, il existerait un reliquat de l’organe et sa connexion au cerveau. Les odeurs humaines, la sueur notamment, contiendraient des informations chimiques, et même génétiques, qui expliqueraient l’attirance physique. Ces mêmes effluves seraient responsables de la synchronisation des cycles menstruels chez certaines femmes.

Si les phéromones étaient prouvées chez l’humain, peut-être expliqueraient-elles nos affinités avec quelqu’un, ou à l’inverse, notre incapacité à le « sentir » (voir aussi Subodorer). 

Comme quoi parfois, la chimie entre les corps s’exerce, ou non.

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*Mot allemand, se dit aussi muser en français.


lundi 25 août 2014

Le côté gauche


Être gauche signifie être de travers ou maladroit. Essentiellement, ça veut dire être mal-à-droite.

On méprise depuis fort longtemps le côté gauche du corps, ou hémicorps gauche, portant sur lui (et en lui) une connotation négative. Considéré indigne et malhabile, il incarne l’impur, le mal, le « mauvais » côté du corps, et par extension, celui de la nature humaine. Se lever du pied gauche, par exemple, veut dire se lever de mauvaise humeur.

Par opposition, l’hémicorps droit est le « bon » côté du corps humain. À la fois dominant et respectueux, il représente l’habileté, la rationalité et même la « droiture » de l’être humain. Le bras droit de quelqu’un, par exemple, signifie son successeur, son assistant. Il renvoie à une personne de confiance, à sa loyauté et son honnêteté.

Incarnant la moitié digne du corps humain, l’hémicorps droit est donc présenté, utilisé ou mis de l’avant dans nombreuses coutumes, traditions et gestes quotidiens. On utilise la main droite pour serrer celle de l’autre, pour prêter serment, ou encore pour recevoir un sacrement. Plusieurs religions requièrent en effet que les gestes de prière et les rituels d’oraison soient exécutés avec le côté noble du corps.

Alors que le corps est bilatéral, et ce jusqu’au cerveau - outre les hémisphères, on retrouve en effet de nombreuses structures paires dans l’encéphale comme l’amygdale, le thalamus et l’hippocampe notamment - (à ce sujet voir aussi Les deux font la paire), le côté gauche du corps demeure le mal-aimé de la bilatéralité corporelle.

Mais le plus fascinant dans cette histoire, et à la fois paradoxal, c’est qu’en raison de la décussation, le croisement du système nerveux qui explique qu’un hémisphère cérébral commande et gère les informations de la moitié opposée du corps, l’hémicorps gauche est contrôlé par l’hémisphère droit du cerveau.

Siège préférentiel du traitement de l'image et de la communication non-verbale, l’hémisphère droit est prisé depuis plusieurs années pour ses facultés hautement recherchées comme les habiletés spatio-temporelles, la compassion et la créativité.

Faut-il aussi le mentionner, un des plus grands artistes et créateurs que le monde ait connu était lui-même gaucher. Léonard de Vinci était pourtant loin d’être gauche.



lundi 18 août 2014

Subodorer


Essentiel chez les primates et particulièrement fascinant, le sens de l’odorat joue un rôle primordial à la reproduction et à la survie des espèces. C’est grâce au flair que l’on choisit sa nourriture, un partenaire et détecte aussi une bonne affaire.

Intimement lié au goût – autre sens chimique –, le sens de l’odorat permet de déceler les mauvaises odeurs qui émanent des aliments en état de putréfaction. La réaction de dégoût qui s’ensuit, réflexe émotionnel inscrit dans les régions les plus anciennes de notre cerveau, entraîne le rejet automatique d’une source potentielle d’empoisonnement.

Chez les animaux, c’est bien connu, l’odorat joue un rôle fondamental à la survie. Il permet de repérer des pistes menant à la nourriture ainsi que de flairer des partenaires sexuels potentiels. De même chez l’humain, les odeurs permettraient de choisir un partenaire sexuel « souhaitable », c’est-à-dire présentant des affinités ou avantages génétiques. C’est grâce aux phéromones que ces « échanges d’informations » ont lieu (voir Les phéromones ou la chimie des peaux).

Toutefois, principalement en raison de la bipédie, l’évolution du cerveau a accordé une plus grande place au développement du cortex visuel, et donc au sens de la vision, délaissant peu à peu l’usage de l’odorat et ses fonctions (voir La bipédie, une marche révolutionnaire). Il n’en demeure pas moins que les reliquats de notre cerveau olfactif demeurent connectés, eux, au « centre des émotions ».

En effet, les fibres olfactives qui tapissent les cavités nasales envoient leurs signaux aux bulbes olfactifs, partie intégrante du système limbique, siège des émotions, du désir et de l’instinct. C’est donc grâce à cette voie neuronale primitive qu’il nous est possible de « sentir » subtilement ce qui s’en vient, c'est-à-dire de subodorer, ou encore de détecter qu’une situation « sent mauvais ».

Aptitude instinctive à développer, l’art de humer et de pressentir permet de rester au parfum de son environnement.


lundi 11 août 2014

Choc et état second


L’annonce d’une mauvaise nouvelle, la mort d’un proche ou l’arrivée d’une catastrophe par exemples, a l’effet d’un véritable choc sur l’être humain. Saisi par la nouvelle, ébranlé par les événements, du coup, tout semble irréel. Suivant l’initial état de choc et son arrêt du temps, s’installe ensuite un état second. Malgré ses apparences, cet état transitoire relève de l’intelligence même de l’organisme humain et de sa grande capacité d'adaptation.

Il n’est pas question ici de dissociation au sens propre du terme, durant laquelle l’esprit est ailleurs, « détaché » du corps physique, et plus souvent qu’autrement, loin d’une douleur physique ou morale intense. Dans le cas présent, l’état second fait plutôt référence à un état dissociatif de moindre intensité ressenti comme un état de « suspension ».

Comme si l’âme était en retrait, décalée du corps physique, l’état second s’apparente à un déphasage entre le corps et l’esprit durant lequel l’espace-temps prend de l’expansion, d’où cette impression de ralentissement du temps accompagnée d’une sensation de conscience altérée.

Le corps physique, lui, apparaît « éthéré » ou même inhabité. Abasourdi par l’impact de la terrible nouvelle, il subit un réel engourdissement. À l’instar d’une anesthésie, les symptômes physiques habituels (anxieux, dépressifs, somatiques, etc.) sont eux aussi altérés, voire suspendus temporairement.

Muni en quelque sorte d’un « pilote automatique », l’organisme humain maintient ses fonctions de base durant cet état transitoire. Le corps évolue lentement, suivant des réflexes et des habitudes de vie bien ancrées, pendant que l’esprit, lui, s’affaire à repasser en boucle les scènes du drame et leur déploiement.

Loin d’être pathologique*, l’état second est en fait une réaction saine et naturelle qui relève de l’intelligence globale de l’organisme humain, c’est-à-dire à la fois physique et psychologique. Alors que l’état de choc sert à protéger la personne de l’impact de l’événement, d’en absorber le coup, l’état second, lui, facilite sa résorption et son intégration.

Similairement à la dissociation, l’état second sert une fonction biologique de protection. Il permet à l’être humain d’entamer le processus du deuil et de transition afin de s’adapter à sa nouvelle réalité.


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*La pathologie survient seulement lorsque l’écart entre le corps et l’esprit persiste et que la personne s’enlise dans un état dépressif sans retrouver son état habituel et ses élans les plus profonds.

lundi 4 août 2014

L’œil scientifique


Dans une perspective anthropologique du corps humain, l’œil, pour son sens de la vision, représente l’organe privilégié de la science. Car « voir, c’est croire ».

L’avènement de la pensée scientifique a engendré une organisation des phénomènes, et dès l’époque des Lumières, on assiste alors à une classification du monde et de ses composants. Les différents champs d’études, s’intéressant du plus petit phénomène (chimie) au plus grand (astronomie), s’appliquent alors à identifier, à trier, à mesurer, peser, numéroter, quantifier, nommer, bref, à répertorier le monde et ses éléments afin d’en extirper des formules mathématiques et des lois claires qui non seulement expliquent leur manifestation, mais surtout, et mieux encore, en prédisent l’émergence.

La méthode scientifique requiert en effet une démarche rigoureuse. Elle exige une observation directe et vérifiable ainsi qu’une démonstration claire par la tenue d’expériences objectives et répétables. C’est dans cette optique que des appareils perfectionnant le sens de la vision, sa performance, son acuité ou sa précision, comme le microscope, le télescope et les satellites par exemples, ont vu le jour. Ces précieux instruments technologiques servent à observer des phénomènes qui sont invisibles à l’œil nu.

Dans la foulée, l’approche scientifique a pour ainsi dire écarté l’étude de nombreux phénomènes neuro-biologiques jouant pourtant un rôle important pour l’humain et sa santé. L’impact des émotions sur le corps, le ressenti, les sensations, et autres propriétés kinesthésiques, sont des phénomènes psycho-corporels inaccessibles à « l’œil scientifique ». Quoique invisibles, ils sont pourtant bien réels.

Certes, grâce aux techniques d’imagerie cérébrale, des images du « cerveau des émotions » en pleine activité sont maintenant possibles. Mais, aussi fascinantes soient-elles, ces images ne représentent en réalité que la pointe de l’iceberg. Une émotion se situe dans le corps. Elle fait appel aux mémoires notamment, cognitives, corporelles et musculaires, ainsi qu’à de nombreuses fonctions du corps dans sa globalité. Son émergence déclenche une véritable expérience émotionnelle qui transcende le cerveau et sa région limbique.

Dans ce contexte, il est vrai, rien n’est plus subjectif qu’une émotion, et donc difficilement mesurable. Les expériences émotionnelles, somatiques et artistiques cadrent difficilement à la perspective scientifique. Mais peut-être qu'un jour la science ouvrira son champ de vision afin d’y inclure d’autres phénomènes, expériences humaines ou sensations, eux aussi invisibles à l’œil nu.


lundi 28 juillet 2014

Les maux du corps


Bien souvent, sans même s’en rendre compte, nous parlons à tort et à travers de notre corps. Des expressions s’immiscent dans notre langage, lesquelles, à la longue, peuvent nuire à notre santé. Les mots peuvent générer des maux.

En apparence innocentes, les expressions verbales impliquant le corps sont nombreuses. On « pogne les nerfs » après quelqu’un, on « s’étourdie » pour passer le temps, on « se fend en quatre » pour une cause, on « se tue » à la tâche. Une situation « donne à vomir », l’autre exige « d’avoir les reins solides » ou bien de « prendre son mal en patience ». Ceci nous « brise le cœur », ou pire encore, nous « scie les jambes ». Bref, en s’exprimant de la sorte, sans même le vouloir, on se fait violence.

Lorsqu’une personne nous « énerve » ou nous « fait suer », ce ne sont pas seulement nos nerfs et notre sueur qui sont ainsi sollicités, c’est tout le corps qui est appelé à réagir. Nous le savons tous, les mots sont puissants. Qu’ils soient prononcés tout haut dans une conversation, ou murmurés doucement en son for intérieur, les mots ont une portée. Ils se projettent dans le monde via notre corps.

Les paroles ne s’envolent pas toujours. Bien au contraire. Ce sont des affirmations claires à notre sujet, des déclarations sur notre état de corps. Tout aussi puissantes, les pensées, elles, sont encore plus pernicieuses car omniprésentes. Elles trottent dans notre tête inlassablement, traversent notre esprit sans répit.

À force de répétition, certains mots deviennent familiers, voire rassurants. On les utilise sans même porter attention à leur sens réel, leur contenu, leur charge. Involontairement ou inconsciemment, ils finissent par s’ancrer confortablement dans notre discours personnel. De là surgissent les tensions, les douleurs et les symptômes physiques inexpliqués.

En paroles ou en pensées, ces mots en lien avec le corps sont absorbés par le subconscient pour être exécutés comme des ordres. Les pensées sont de l’énergie, la matière aussi. Et plus souvent qu’autrement, corps et esprit étant unis, ces deux sources énergétiques cherchent à résonner ensemble, à vibrer à la même fréquence. Ces mots prennent alors forme, se manifestent dans la réalité. Car ce qui est psychologique est aussi biologique.

D’où l’importance de non seulement déclarer haut et fort sa santé, sa force et sa vigueur, mais de porter attention au flot incessant de nos pensées, à ces paroles qui parfois restent, à ces mots qui prennent corps.


lundi 21 juillet 2014

La tête vs le « reste du corps »


La psychologie porte sur l’étude de l’être humain et ses comportements. Comme son nom l’indique - le terme provient du grec psyche désignant âme ou esprit, et logos signifiant étude -, on s’intéresse principalement à l’esprit humain. Associé d’emblée à la tête, c’est donc cette partie du corps qui est privilégiée pour fins d’étude.

Évidemment lorsqu’on parle de la « tête », on fait habituellement référence à l’organe qu’il abrite, le cerveau. Nombreuses recherches en psychologie portent en effet sur les processus cérébraux et les fonctions cognitives comme le langage, la mémoire ou l’attention, par exemples. Grâce aux techniques d’imagerie cérébrale, le domaine des neurosciences a connu un véritable essor au cours des dernières décennies, dévoilant les structures et les réseaux neuronaux activés dans divers processus cognitifs.

Or, la division qui existe entre la tête, et ce que les neuroscientifiques appellent le « reste du corps », remonte à Descartes qui, au 17ième siècle, désireux d’étudier le corps, se voit interdit toute question relative à l’esprit (ou « Esprit ») réservée à l’Église. Depuis le célèbre « Je pense, donc je suis », persiste une vision dualiste du corps humain, séparant l’esprit du corps, et en l’occurrence, la tête du « reste du corps ».

« Extrémité supérieure du corps* », la tête est vue « dominante » sur l’ensemble, d’une part, par son emplacement - comme on dit en anglais « Location, location, location » -, et d’autre part, en raison de ses fonctions hautement importantes, dites supérieures. Il est vrai que ces fonctions exécutives sont primordiales pour tout le fonctionnement de l’organisme humain. Cela ne fait aucun doute. Mais qu’est-ce qu’une tête sans corps sinon un organe isolé, un amas de tissus sans connexions?

On semble trop souvent l’oublier, la tête fait partie intégrante du corps humain, le cerveau étant un organe de celui-ci. Non seulement tête et corps sont inséparables, mais comme tout bon danseur vous le dira, là où va la tête va le corps. Seulement, c’est l’esprit qui est parfois ailleurs.

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* définition du dictionnaire

lundi 14 juillet 2014

La peur au ventre


On dit que « la peur donne des ailes ». En réalité, c’est plutôt la perception d’une menace, réelle ou présumée, qui fait prendre ses jambes à son cou et fuir à toute vitesse. Plus souvent qu’autrement, la peur, elle, paralyse.

De toutes les émotions humaines, la peur, d’un point de vue biologique, est sans aucun doute la plus puissante. Capable de monopoliser le corps en un seul instant, la peur fige l’organisme en entier, supprimant momentanément toute possibilité de mouvement.

Émotion fondamentale, la peur est régie par une structure limbique du cerveau, l’amygdale, responsable notamment des réactions automatiques de combat et de fuite. Jouant un rôle de protection, cette émotion primaire est essentielle à la survie des espèces, le figement prévenant la détection par un prédateur.

Ce n’est toutefois pas par hasard que l’on dit « avoir la peur au ventre », car du coup, son émergence perturbe de nombreuses fonctions vitales de l’organisme humain incluant la digestion. C’est via le système nerveux entérique que la peur et ses consoeurs (angoisse, anxiété, phobie, etc.) atteint les intestins et interrompt les mouvements internes du corps. Nouant l'estomac, la peur occupe le centre du corps, « déchire » l’intérieur. « La peur m’a tordu les entrailles* », écrivait l’auteur Steve Watson.

L’immobilisation infligée par la peur restreint les mouvements externes et internes du corps, comme celui du diaphragme par exemple, provoquant par le fait même une respiration superficielle et inconfortable. Coupant ainsi le souffle, la peur avorte tout élan vers l’avant et fige même le sang. Ne dit-on pas « être glacé de peur »?

Cette paralysie subite et momentanée permet cependant à l'organisme de recevoir un message clair et sans équivoque. Telle une alarme interne, la peur lance un cri d’alerte, son émergence ne pouvant être ignoré.

En perturbant directement les fonctions vitales, l’émotion de la peur démontre non seulement son pouvoir sur le corps, voire sa toute-puissance, mais aussi, et surtout, son importance biologique, son rôle capital à la survie de l'espèce. Une fois le danger passé évidemment, ses effets physiologiques s’estompent et le corps retrouve son état habituel.

Notons finalement que la peur est à l’origine d’états de corps comme l’anxiété, le trac ou la nervosité (voir La nervosité). De manière beaucoup plus subtile ou complexe, on la retrouve également à la source de nombreux mécanismes de défense et de sentiments haineux, l’amour et la peur étant les deux sources fondamentales des émotions humaines.

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* dans Avant d’aller dormir, Sonatine, 2011.



lundi 7 juillet 2014

Les deux cerveaux du corps humain

Nous ne possédons pas un seul, mais bien deux cerveaux. Le premier, que nous connaissons tous, couramment appelé tête ou cervelle, est le cerveau cognitif. Protégé par la boîte crânienne, le cerveau cognitif, ou encéphale, est l’ultime centre de contrôle et de traitement de l’information de l’organisme humain. Il abrite les pensées, l’attention, les centres du langage, la mémoire, ainsi que de nombreuses facultés dites « supérieures ». C’est le siège de la conscience et de la raison.

Notre deuxième cerveau, lui, - qui est en réalité le premier car plus ancien - se situe dans le ventre. C’est le cerveau instinctif. Tout comme l'intestin où il règne, le cerveau instinctif est hautement autonome, opérant sans l’intervention de la pensée consciente. C’est lui qui nous permet de « sentir avec ses tripes », d’avoir une forte intuition, ou ce que l’on appelle en anglais un « gut feeling ». Bref, il s’agit d’instinct et de pressentiment.

Ensemble, ces deux cerveaux nous offrent une gestion complète de notre environnement, et à l’instar des deux hémisphères qui composent la cervelle, chacun possède son champ d’activité et de spécialisation.


Le cerveau cognitif

En psychologie, le terme cognition désigne les facultés mentales comme la perception, l’intelligence, le langage ou la mémoire notamment, apparues grâce à la longue et lente évolution de tout le système nerveux humain et au développement du néocortex.

Siège de la pensée rationnelle, de la logique et du raisonnement, le cerveau cognitif a pour fonction de gérer les informations « entrantes » et « sortantes » de l’organisme humain. Pour ce faire, des signaux électro-chimiques, les influx nerveux, empruntent les embranchements du système nerveux rejoignant ainsi les organes et leurs fonctions.

C’est grâce au cerveau cognitif que nous sommes capables d'accomplir des tâches complexes et hautement développées comme réfléchir, planifier et créer. Mais comme nous le verrons ultérieurement, le « mental » peut également jouer des tours, voire miner l'existence.


Le cerveau instinctif

Situé dans les tripes, le cerveau instinctif porte également le nom de cerveau entérique, étant régi par le système nerveux entérique. Notons que ce dernier a connu un véritable engouement au cours des dernières décennies, notamment dans le domaine de la gastro-entéro-immunologie, les recherches révélant une organisation autonome fort complexe, riche en neurones et neurotransmetteurs.

Comme son nom l’indique, ce "deuxième cerveau" du corps humain, et pourtant plus ancien, nous sert principalement d’instinct. Opérant sans l’intervention de la pensée consciente, ces signaux procurent plutôt une forte sensation viscérale, parfois inexplicable, ou même étrange, donnant lieu à une connaissance ressentie dans son for intérieur, dans les entrailles. 

Loin d’être irrationnel, ce savoir, couramment appelé « Gut Feeling » ou « Gut Instinct » en anglais, ainsi que les mécanismes qui le sous-tendent, remontent à notre passé primitif, à notre instinct animal. On parle alors de précognition, c'est-à-dire précédant l'entendement et la compréhension.

Notons finalement que l'intestin est le seul organe du corps à posséder son propre cerveau. Fascinant, non?