lundi 4 avril 2016

Plein les bras

« Membre supérieur prolongé par la main », les bras servent plusieurs fonctions, du travail à l’affection en passant par l’entraide, le transport et le réconfort. 

Similairement aux mains qui servent à fabriquer et à réaliser (voir Main dans la main), les bras sont eux aussi synonymes d’action, de travail et de main d’œuvre. On dit par exemples manquer de bras ou avoir besoin de bras en parlant des travailleurs. À l’inverse, rester les bras croisés signifie ne rien faire. 

Les bras servent donc à agir, à faire, tout comme à transporter des objets. Ils peuvent accueillir (à bras ouverts), influencer (avoir le bras long), assister (un bras droit) (voir aussi Le côté gauche) ou encore porter un projet (à bout de bras). On les baisse en signe d’abandon ou on les lève bien haut pour implorer le ciel ou les dieux, reconnaissant  dès lors son impuissance. 

Tout comme les mains, les bras se prêtent aussi à l’intimité et aux rapprochements. Ils servent entre autres à danser en couple ou même à tomber dans les bras de l’autre - à moins que ce soient ceux de Morphée (voir Dans les bras de Morphée). On les utilise également comme frontière ou pour mesurer la distance avec l’autre, les bras croisés faisant preuve de fermeture alors que les bras grand ouverts manifestent un accueil chaleureux. 

Les bras servent finalement à aider, à rassurer, à prêter secours et à réconforter. On tend les bras à un ami, lui prêtant par la même occasion une oreille ou bien une épaule sur laquelle pleurer, en somme, on l’embrasse. Car les bras peuvent offrir une accolade, un câlin, une étreinte, soit le baiser des corps. 


lundi 21 mars 2016

Marche et démarche

Certaines personnes titubent lentement, d’autres avancent d’un pied ferme. Il y a ceux qui marchent sur les talons, ceux qui se traînent les pieds, ou encore ceux qui se déplacent le corps incliné vers l’avant en signe d’impatience ou d’ambition. Bref, la démarche en dit souvent long sur la personne. 

L’être humain est un animal bipède (voir La bipédie, une marche révolutionnaire) et la manière de marcher est plus souvent qu’autrement révélatrice, porteuse d’informations sur la personnalité, la façon d’aborder la vie ou encore de porter le passé.

Sorte d’ardoise sur laquelle s’inscrit notre parcours, le corps physique garde en mémoire certains évènements marquants, des plus douloureux aux plus époustouflants. À l’instar de l’arbre portant le nœud d’une blessure ancienne ou encore les contorsions de survie permettant de rejoindre la lumière, le corps présente habituellement des signes, des marqueurs somatiques susceptibles de révéler certains aspects de la personne, de son histoire, comme la posture, l’alignement du corps et de l’axe vertébral, l’enracinement des pieds, la fluidité des mouvements ou encore les traits du visage. 

Il y a la démarche lente et flegmatique, dévoilant parfois le lourd poids du passé ou encore la charge encombrante d’émotions inexprimées. La démarche rapide et empressée, voire agitée, quant à elle, manifeste bien souvent, une agressivité sous-jacente ou encore une colère non-dite, voire indicible, l’agitation se trouvant aux antipodes de l’état dépressif. 

Certaines personnes présentent une rigidité de corps (et parfois même d’esprit), signe d’un mécanisme de défense et de protection bien développé, ancré dans le corps, ayant servi à passer à travers les épreuves du passé ou encore à les éviter, la tension physique, tout comme l’apathie ou l’insensibilité par exemples, servant dans bien des cas à prévenir l’émergence d’émotions (voir aussi Apathie et états dissociatifs). 

Mais à travers toutes ces données somatiques, il faut également distinguer les types de personnalités ou encore les troubles de la personnalité. Les intellectuels, par exemple, qui habitent généralement peu ou partiellement leur corps, utilisent à souhait leur tête et la rationalisation comme moyen d’appréhender le monde, alors que la personnalité narcissique, qui se présente sous diverses formes corporelles, recherche son propre reflet dans le regard de l’autre. 

Évidemment, il y a autant de types de corps et d’explications symboliques qu’il existe d’espèces d’arbres et leur contexte de croissance. Encore faut-il porter attention à ce langage non-verbal dont la démarche est la signature.


lundi 7 mars 2016

Intuition féminine ou intuition?

La femme est-elle dotée d’une intuition, d’un savoir intime dont serait dépourvu l’homme? Essentiellement, la réponse est non. Seulement, la nature féminine possède définitivement un avantage sur l’homme. 

En effet, dès la puberté, la jeune fille est appelée à développer une conscience corporelle, non seulement en raison des changements physiologiques qui opèrent en elle, comme c’est le cas également chez le garçon, mais en particulier avec l’arrivée des menstruations. 

Pour plusieurs femmes, celles-ci font leur apparition mensuelle, de manière régulière ou non, avec leur lot de douleur, d’inconfort ou même d’inquiétudes. Baisse d’énergie, fluctuations de l’humeur, symptômes physiques variés comme les crampes, la migraine ou la nausée par exemples, sans oublier l’organisation (parfois obsessionnelle) du calendrier, la prévision de produits hygiéniques féminins, les choix quant à la contraception et à la conception, puisque, de toute évidence, le cycle menstruel n’est pas sans rappeler aux femmes leur capacité d’enfanter et, par la même occasion, leurs sentiments liés à la maternité. Bref, chargé à la fois physiquement et symboliquement, le cycle menstruel implique un régiment de pensées, d’habitudes et de comportements auquel l’homme n’est pas tenu. 

Mais plus important encore, en matière d’éducation somatique, les femmes apprennent très tôt dans leur développement à reconnaître de subtils signaux corporels comme l’ovulation, les signes prémenstruels, le flux menstruel, les sensations d’écoulement, les douleurs et leur localisation, les variations hormonales, etc. 

De plus, la sexualité féminine étant autant interne qu’externe, la capacité d’atteindre l’orgasme vaginal, cela va sans dire, est une avenue d’apprentissage sans égal chez l’homme qui contribue également au développement d’une conscience corporelle aiguisée. 

À moins d’anomalies ou de traumas corporels importants, les femmes sont initiées à un très jeune âge à porter attention aux repères somatiques, à en faire une lecture claire, en somme, à sentir, à ressentir ainsi qu’à distinguer les différentes sensations en provenance de la région abdominale. 

Or, l’intuition se situe dans le ventre. C’est un « Gut Feeling » comme on l’appelle en anglais, une sensation viscérale à la fois subtile et claire qui se prononce au nom du for intérieur (voir aussi Triper, le plaisir viscéral). Outre les émotions, c’est là un autre mouvement interne du corps humain, un écho de l’âme dans ce cas-ci, que les femmes entendent plus aisément parce qu’elles ont développé cette oreille qui tend au corps.


lundi 29 février 2016

L’émotion cartésienne ou la masculinisation des émotions

Jusqu’à tout récemment dans l’histoire des sciences, les émotions avaient plutôt mauvaise réputation, un sujet tabou ou même sans intérêt d’un point de vue scientifique, du moins jusqu’à ce que des « hommes de science » s’intéressent à leur raison d’être. 

L’émergence de la pensée cartésienne au 17ième siècle et, par le fait même, l’influence de l’Église, portée elle aussi par des hommes, ont eu un impact déterminant sur la recherche, opposant dès lors le corps à l’esprit et la raison aux émotions. Considérées d’emblée « domaine des femmes », les émotions n’avaient nullement leur place dans le milieu scientifique (pas plus que les femmes d’ailleurs) qui relève de la pensée logique et rationnelle imputée à l’homme. 

Similairement aux pulsions du corps qui « emportent » l’esprit au détriment de la raison (voir La chaleur corporelle), les émotions, ces « passions de l’âme », ont longtemps été considérées problématiques, voire dangereuses, car source de pathologies les plus infâmes. C’est le cas tout particulièrement de la colère, marquée au fer rouge de l’irrationalité et péché capital par surcroît. 

Conséquemment, la pensée scientifique a tenu à l’écart tout un champ d’intérêt, pourtant fondamental à l’être humain, jusqu’à l’arrivée de la psychanalyse au début du 20ième siècle avec, entre autres, les phénomènes de conversion et l’hystérie, maladie affectant les femmes évidemment (voir aussi La danse, la folie et les femmes). 

Ce n’est que dans les années 50 que les études sur le stress tendent à démontrer l’importance et surtout le rôle des émotions alors que Hans Selye, père-fondateur du concept, observe que la plus grande source de stress chez l’humain demeurent les émotions. Si le stress affecte l’homme, sa santé et sa performance, et ce dans toutes les sphères de sa vie, il y a donc matière à recherche. Le stress devient dès lors le sujet de l’heure. 

Puis surgit, dans les années 80, la notion d’intelligence émotionnelle, élaborée et popularisée par des hommes - soulignons ici l’utilisation du terme « intelligence » faisant référence à la raison, et rassurant par le fait même le milieu académique. D’ailleurs, on parle également d’intelligence corporelle plutôt que de sensibilité (voir L’hypersensibilité), une notion développée par Howard Gardner, entre autres, avec la théorie des intelligences multiples parue à la même époque. Le milieu scientifique privilégiant le déploiement de facultés, et donc de concepts, mesurables, on parle même de quotient émotionnel. 

Parallèlement, l’essor des technologies permettant de visualiser le cerveau propulse au début du 21ième siècle les recherches portant sur le « cerveau des émotions » - à nouveau, faut-il mentionner le lien direct à la rationalité grâce à l’organe de prédilection de l’homme, après le pénis bien entendu, le cerveau. Bref, un sujet autrefois considéré typiquement « féminin » et « problématique » devient du coup, et à l’inverse, le sujet de l’heure, le « cerveau des émotions » étant aujourd’hui le nouveau créneau à la mode, une matière scientifique « branchée » dans le domaine des sciences cognitives

Or, comme cela a toujours été, les émotions se manifestent dans l’espace du corps. La pensée dualiste étant toujours bien présente, on continue de fragmenter l’organisme humain, de séparer le corps de la raison et la tête du « reste de corps » (voir La tête vs « le reste du corps »), sachant pourtant – c’est un homme qui l’a confirmé (1) - que les émotions sont fondamentales au raisonnement (voir aussi Reprendre du poil de la bête). 

Mais là encore, comme c’est souvent le cas dans les « affaires de femmes », il a fallu que des hommes y voient un intérêt, que l’on masculinise les émotions en somme, pour qu’elles deviennent un sujet d’étude crédible, logique et raisonnable.


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(1) Damasio, A. (2008). L’erreur de Descartes – la raison des émotions. Paris: Odile Jacob.