lundi 1 février 2016

Triper, le plaisir viscéral

Le corps est un instrument vibrant. Il résonne sous l’effet des émotions, des sentiments et des stimulations les plus variées, qu’elles soient sensorielles, sexuelles ou viscérales.

On dit que le corps est pourvu d’un système sensoriel, soit cinq sens servant à interpréter le monde externe et ses informations. Pour plusieurs, le corps est un outil de traitement d’informations. Mais c’est là sous-estimer le corps et ses fonctions, capable d’accomplir ce qu’aucune machine ne peut réussir, ressentir.

Le ressenti est notre 6ième sens (voir aussi Le 6ième sens, une question de perception ou L'hypersensibilité), une fonction méconnue du monde scientifique car difficilement mesurable. Pourtant, il s’agit là d’une fonction corporelle essentielle à l’interprétation des émotions et des sentiments. Sinon, comment faire la distinction entre la joie, la colère ou l’excitation sexuelle qui déclenchent les mêmes réactions physiologiques (augmentation du rythme cardiaque et de la tension artérielle, accélération de la respiration, etc.), ou encore la joie et la tristesse qui empruntent les mêmes circuits cérébraux. C’est grâce au ressenti. 

Or, à son paroxysme, le ressenti peut également donner lieu à une excitation physiologique à part entière, distincte de toute autre stimulation physiologique. À l’instar des papilles gustatives, dont le summum expérientiel équivaut à savourer avec plaisir, il existe une expérience optimale du ressenti, triper (1). 

Retentissant des tripes, des viscères, des entrailles, triper est une expérience somatique distincte, libre de toute stimulation sensorielle, sexuelle ou émotionnelle (2), située dans l’abdomen, dont la fonction première est d’orienter l’individu. Sorte de boussole intérieure, cette sensation viscérale sert à guider l’être humain dans ses choix, ses décisions, ses orientations, ou même à les valider. 

Triper, en somme, est un plaisir corporel unique, une voix du corps servant à signaler qu’on est définitivement sur la bonne voie. 

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(1) Le terme triper provient littéralement des tripes, c’est-à-dire des intestins. À ne pas confondre avec « faire un trip » ou un « bad trip », emprunté à l’anglais, qui implique l’utilisation d’une drogue ou d’une substance hallucinogène. Ici, il ne s’agit pas de voyage mental mais bien d’une expérience somatique, et donc ancrée dans le corps. 

(2) Une émotion comme la joie, par exemple, peut conduire à l’expérience de triper, sans pour autant être nécessaire. À l'inverse, l'expérience de "triper" veut conduire à des émotions ou des sentiments.